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Irak: Reprise de Mossoul, quelles conséquences ?

Destruction dans Mossoul (Photo : Reuters)

Autrefois la légèreté aérienne d’un tissu de coton très recherché en Europe faisait l’objet d’un commerce fructueux avec l’Asie. On le nomma mousseline car Marco Polo affirma qu’il était confectionné à Mossoul. Mais c’est par la lourdeur des burqas, le souffle des bombes et la profondeur du chaos que l’on pense Mossul aujourd’hui. Fief et symbole de l’organisation terroriste État islamique depuis qu’en 2014 son chef Abu Bakr Al-Baghdadi lors de sa seule apparition publique à ce jour y proclama l’instauration du califat Mossoul a payé de façon insensée la présence de ces hommes qui l’ont défigurée pour longtemps. Tout ou presque est détruit. Le patrimoine ancestral anéanti. Des édifices chrétiens ou musulmans réduits en poussière, comme le monastère Saint-Élie datant du VIe siècle, les églises Notre Dame de l’Heure ou celle de la Vierge Marie, la célèbre mosquée An-Nuri du XIIe siècle avec son minaret qui penchait, et qui s’est couché pour s’évanouir dans un fracas, il y a quelques semaines à peine. Plus de 700 000 déplacés, une population martyrisée, les chrétiens persécutés, forcés dans le meilleur des cas à choisir entre la fuite, la conversion à l’Islam ou l’extorsion.

Neuf mois d’offensive

Lancée par le Premier ministre Irakien Haïder Al-Abadi le 17 Octobre 2016, l’opération de reconquête de Mossoul, 2e ville d’Irak, s’achève à présent au prix de nombreuses vies humaines. Les forces internationales coalisées ont assuré un soutien matériel et un appui aérien sans toutefois intervenir au sol. Ainsi l’État islamique perd, outre de nombreux combattants, son bastion, les rentes qu’il lui procurait, et ses illusions de matérialisation territoriale de sa dénomination. Il n’y aura pas d’État islamique au sens où l’entendait Daech. Le projet funeste de ces djihadistes ne peut semer que du sang et des ruines. Que faut-il craindre d’un Daech affaibli militairement mais pas encore détruit ?

Recentrage

Renforcé par cette “victoire” militaire, le pouvoir irakien, dominé par les chiites depuis la fin de Saddam Hussein, a libéré la ville à majorité sunnite de Mossoul. Il a bénéficié de l’aide de milices religieuses chiites parfois coupables d’exactions envers les populations locales dont les élites souhaiteraient obtenir une forme d’autonomie. Ces aspirations naissantes se heurteront à l’état alors que les Kurdes qui eux aussi ont appuyé la libération tenteront de contrôler Mossoul qui selon eux fait partie du Kurdistan Irakien. Les risques politiques sont bien réels et les divisions qui se creuseront pourraient consolider les mouvements extrémistes voire aboutir à la formation d’une nouvelle entité terroriste, tout comme l’État Islamique était né sur les braises d’Al-Qaeda.
Plus immédiatement on peut craindre que l’État islamique se recentre désormais sur sa fonction première, celle de mener à bien des actions terroristes globalisées et une stratégie de guerrilla en Irak et en Syrie. Il faut se souvenir qu’en Juillet 2016, au moment où l’État islamique tuait plus de 300 personnes à Bagdad, dans l’attentat le plus meurtrier de l’histoire de la capitale irakienne, il venait de perdre la ville de Fallouja.
Les revers militaires que subit Daech l’acculent et peuvent signifier une recrudescence des tentatives kamikazes, d’autant plus que les dernières actions terroristes en Europe ont mis en lumière des hommes isolés et déséquilibrés.

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